Religion et Croyances

La Santa

 

Christianisée dès le IVème siècle de notre ère (par saint Paul d’après certains historiens), la Corse reste cependant une terre de superstitions, au cœur de laquelle foi chrétienne et croyances populaires se mêlent pour former une culture riche et originale. Ici, la foi en Dieu s’accompagne d’une grande crainte du Diable, et beaucoup de lieux naturels présentant un danger étaient supposés être d’origine diabolique. Les calanques de Piana, très escarpées, ou encore le Liamone, sont l’œuvre du Diable dans les légendes populaires.

Les mauvais esprits ainsi que les sorciers et sorcières sont également craints. Ainsi au baptême, si le Credo est mal récité, l’enfant devient sorcier, peut lire dans l’avenir et prédire les morts prochaines. Les sorciers sont appelés mazzeri, et peuvent «jeter le mauvais œil» (innochiare), parfois même de manière involontaire. Selon une croyance populaire, louer la beauté d’un enfant porte malheur par exemple. Parmi les esprits les plus présents dans les légendes, on trouve les streghe, sortes de harpies qui s’attaquent aux enfants, ou les acciaccatori, revenants attaquant les voyageurs perdus.

La foi catholique s’est affirmée en Corse au milieu du VIIIème siècle, en guise d’opposition nationale à la foi musulmane de l’occupant Maure. Le caractère national de la foi catholique perdurera tout au long de la période moderne : ainsi, en 1735, le Dio vi salve regina devient l’hymne de la Corse, plaçant l’île sous la protection de la Vierge.

La religion est très présente, et les fêtes religieuses sont encore empreintes de tradition. La plus spectaculaire est la procession du Catenacciu le vendredi saint. Elle est la plus importante à Sartène, mais trouve son origine en Espagne médiévale. La procession retrace la Passion du Christ. Le Grand Pénitent rouge, cagoulé car personne ne doit voir son visage, porte une lourde croix (plus de 30kg) et marche enchaîné, d’où son nom (a catena signifie la chaîne). Le pénitent blanc l’aide, comme Simon de Cyrène l’a fait avec le Christ. Derrière eux, les pénitents portent la statue de bois du Christ mort sur un linceul. La procession se termine par une prédication et une bénédiction de la foule.

A Calvi, les cérémonies de la semaine sainte revêtent un caractère original. Le jeudi, la Lavanda reprend le passage de la Bible dans lequel le Christ lave les pieds de ses apôtres, et le vendredi saint se déroule la procession de la Granitola : les pénitents des confréries religieuses portent à travers la ville la statue du Christ en croix suivie de celle de la Vierge. La manière dont la procession s’enroule illustre symboliquement le mystère de Pâques.