Société & Culture

LE VILLAGE

En se promenant en Corse, on remarque que les villages sont, en règle générale, pensés sur le même modèle adapté aux réalités du milieu naturel.

Peuple de montagnards, devant faire face au froid, aux invasions et à l’enclavement des villages, les corses s’établirent en petites communautés, centrées sur la famille et le clan. Le mouvement commença avec les invasions barbaresques du Vème siècle. On pense ici le clan en termes de famille élargie, à savoir la famille proche et lointaine, et les amis. Ce mode d’organisation se retrouve dans l’architecture rurale : ainsi, les hautes maisons de pierre sont groupées, résultant souvent d’un accroissement des familles. Les lieux de sociabilité sont la place, le four et le lavoir. Ce mode de vie montagnard perdurera durant quatorze siècles.

Les maisons ont une architecture commune, seuls les matériaux varient d’une région à l’autre : granit dans le sud et calcaire dans la région de Bonifacio, par exemple. La maison est pensée comme un lieu de vie, centrée autour du fucone (le foyer, au sens foyer d’une cheminée), qui tient lieu à la fois de salle de séjour et de lieu de réception. Le lieu, héritage de l’époque romaine et du culte des dieux lares, était dédié à la mémoire des ancêtres. Les chambres appartiennent à la sphère privée, et ne sont ouvertes que lors des naissances et des décès.

Jusqu’à une époque récente, les maisons ne présentaient aucun signe de richesse. La position sociale était alors indiquée par la situation de la maison dans le village, et sa superficie, preuve de l’importance de la famille. La donne change quelque peu au XIXème siècle, avec l’apparition du mode de vie bourgeois et le retour des familles cap-corsines au pays. Il s’agissait alors de montrer l’ascension sociale par des éléments précis tels que les ornements des façades ou le nombre de fenêtres. Les maisons d’américains, avec leurs architectures sophistiquées et inspirées des palais italiens ou des haciendas hispaniques, en sont le meilleur exemple.

 

LE BERGER

L’agriculture est un élément fondateur de la culture et de l’économie corses, depuis les temps anciens. L’homme a donc été amené à s’adapter à son milieu, et à fonder une société en adéquation avec cet environnement parfois hostile. Le berger illustre parfaitement ce modèle, et est devenu rapidement un personnage clé de la vie rurale. Il vit en harmonie avec la nature, quittant la montagne en hiver à la recherche de nourriture pour ses bêtes, pour revenir en été afin de faire paître ses troupeaux. Ces voyages ont, au fil du temps, dessiné l’espace de vie des villages, et explique pourquoi la plupart des communes de Corse se composent d’un village de montagne dont le territoire s’étend jusqu’à la mer. Les plages, même si elles n’abritaient autrefois qu’une bergerie, se sont par la suite développées en stations balnéaires.

Homme de la terre mais aussi voyageur, il est celui qui assure la liaison entre les différents villages. Lors des foires et fêtes qui rythmaient la vie d’autrefois, le berger apportait les nouvelles des pièves voisines et transmettait les légendes, dans une Corse encore enclavée. Les sentiers de transhumance ont également constitué au fil du temps des voies de communication.

Proche du druide des peuples celtes, le berger se faisait parfois devin, lisant l’avenir dans l’omoplate des moutons, la spalla. Le devin, pour cette raison, se dit en langue corse u spallistu. Cette tradition, ancestrale, est parvenue jusqu’à nous grâce aux études du chroniqueur Giovanni DELLA GROSSA et Petru CIRNEU.

Dans cette technique de divination, on divise l’omoplate du mouton en dix zones, chacune correspondant à un élément du paysage agro-pastoral, comme l’église, le maquis, la mer ou la forêt. Après avoir fait bouillir l’omoplate pour séparer l’os des chairs, le berger voit alors un certain nombre de taches dans le cartilage, qu’il interprète comme des signes liés à un lieu donné. Traditionnellement, les événements lus grâce à cette méthode ne touchent que la famille à qui appartenait l’animal. Enfin, le berger peut, plus rarement, lire l’avenir de la même manière, en utilisant des œufs. On l’appelle alors ovistu. L’existence rude du berger l’amène ainsi à une réflexion à la fois empirique et contemplative sur la nature qui l’entoure. Lors des foires, il révèle enfin ses talents de poète, lors de tournois d’improvisation lyrique.