Sartenais - Valinco | Sollacaro

Sollacaro

Sollacaro - Suddacaro

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La commune de Sollacaro-Calvese appartient au Canton de Petreto-Bicchisano dans l’arrondissement de Sartène. Couvrant 2396 ha, elle occupe une large partie de la zone avale de la vallée du Taravo. Ici le paysage offre des tableaux contrastés : après une vaste section de plaine depuis l’embouchure du fleuve, des collines couvertes d’oliviers séculaires, s’élèvent graduellement en amphithéâtre. Les villages de Sollacaro et Calvese s’étagent à près de 500 m d’altitude sur l’ubac de la chaine de Buturetu qui culmine à 871 m. Les crêtes rocheuses qui émergent d’une épaisse forêt de chênes verts, séparent le bas Taravo de la vallée du Baracci. L’histoire s’est approprié cette ligne de partage née de la conjugaison de la géologie et de l’orographie, car depuis la période médiévale cette barrière naturelle forme frontière entre les seigneuries d’Istria et de Rocca di Valle, aujourd’hui entre les cantons de Petreto-Bicchisano et d’Olmeto.

C’est dans un chaos granitique, au-dessus du village de Sollacaro que, selon le Chroniqueur Giovanni Della Grossa, le génois Luciano de Franchi avait édifié au XIIe siècle un « castello ». Ce véritable nid d’aigle est perché à 780 m au-dessus du village. C’est aussi à partir de ce point fortifié que la famille d’Istria devait s’établir. Le plus illustre personnage de cette lignée fut le comte Vincentello, que le roi d’Aragon éleva en 1421, au titre de vice-roi de Corse. Farouche adversaire des génois il devait finir ses jours en 1434, dans la capitale Ligure, sous la hache du bourreau.

Le Castello d’Istria offre encore au visiteur quelques pans de murs et une citerne. Prosper Mérimée, lors de son séjour à Sollacaro en 1839, avait signalé une inscription sur un linteau qui témoignait encore de la propriété de Vincentello d’Istria. Malheureusement cette remarquable pièce archéologique a été dérobée récemment. De même que reste-t-il du dolmen du Taravo, ou Stazzona di u Diavolu, signalé pour la première fois par le Capitaine Mathieu dans les annales de l’Académie Celtique en 1810 ? Peu de chose, car dans le cas de ce vénérable monument, méticuleusement documenté d’abord par Mérimée dans ses « Notes d’un voyage en Corse », puis par Adrien de Mortillet, plusieurs éléments (dalles monolithes, menhirs et statues menhirs de son alignement) ont été détruits ou enlevés à une date récente. C’est pourtant le signalement de ce mégalithe qui avait initié les recherches préhistoriques en Corse.

A partir de 1956, à la suite de ses devanciers, le préhistorien Roger Grosjean devait se rendre à Sollacaro. C’est sur la butte de Turrichju, non loin du hameau de Filitosa qu’il devait mettre au jour les vestiges d’un habitat préhistorique et une remarquable série de monolithes sculptés, représentant pour la plupart des guerriers armés d’épée et de poignard. Ces témoins sans âge étaient assimilés par la tradition populaire, aux preux chevaliers : Paladini (Paladins) protecteurs des insulaires contre les sarrasins.

Les études archéologiques apportèrent la preuve d’une occupation humaine de la vallée du Taravo depuis la fin du Mésolithique (VIIe millénaire av. J.-C.) sur le site préhistorique de Campo Stefano. Ce gisement livra une sépulture collective dans un abri sous roche qui contenait les ossements d’au moins six individus de cette période.

Au cours du Néolithique (VIe et IVe millénaires avant J.-C), la basse vallée du Taravo a été exploitée par une population agro-pastorale qui a laissé de nombreux vestiges de ses habitats. Sur la commune de Sollacaro se trouvent plusieurs gisements d'importance : Campo-Stefano qui a livré récemment les plus anciennes occupations, Filitosa et I Calanchi-Sapar’Alta. Ces deux derniers sites sont classés au titre des monuments historiques. Filitosa, par la remarquable concentration des statues menhirs et l’intérêt du village de l’âge du Bronze (IIe -Ier millénaires av. J.-C.) a été inscrit sur la liste des « 100 sites historiques d’intérêt commun aux pays de la Méditerranée » dans le cadre du « Plan d’Action pour la Méditerranée ».
Le village historique s’est construit à partir du noyau primitif du quartier des « Torri ». Sur un promontoire rocheux les feudataires d’Istria édifièrent vers la fin du XIVe siècle une résidence plus spacieuse, en contrebas de leur nid d’aigle du castello d’Istria. A partir du XVIe siècle trois maisons tours, accolées l’une à l’autre, vont ordonner la physionomie du village qui ne comptait alors qu’une centaine d’âmes.

Sollacaro dispose de plusieurs belles demeures en moellons de granite réguliers qui sont autant de jalons de son développement centré sur la seconde moitié du XVIIIe et le XIXe siècle. Entre 1636 et 1861, sa population devait passer de 366 âmes à plus de 1000 habitants pour atteindre son maximum, 1561 habitants, en 1911.

L’église paroissiale, largement remaniée au XIXe siècle, a été construite sur l’emplacement de l’ancienne chapelle de « La Nonziata » (Annonciation) que se partageaient plusieurs communautés de la piève au XVIe siècle.

En 1853 les communes de Sollacaro et de Calvese ont été fusionnées. Bien que n’ayant jamais dépassé plus de 250 habitants, Calvese est toutefois resté paroisse jusqu’au XXe siècle. L’église dédiée à saint Albert le Grand date du XVIe siècle, mais son état actuel reste celui du XVIIIe siècle. Vers 1750 elle a été agrandie et en 1759 les plafonds voûtés, de la Chapelle de Notre-Dame du Rosaire et du chœur, furent décorés de peintures et de fresques.

Sollacaro a été le séjour de plusieurs personnages illustres: Sebastianu Costa, secrétaire du roi Théodore y séjournera en 1736, le célèbre biographe écossais de Pascal Paoli, l’aristocrate James Boswell, y rencontra le général au cours de son séjour corse en octobre 1765 dans la maison des Colonna d’Istria. Cette même maison recevra d'autres hôtes célèbres tel Prosper Mérimée, en mission officielle en sa qualité d'inspecteur des monuments historiques, puis Alexandre Dumas y séjournera en 1841. C'est de l'atmosphère d'une famille de Sollacaro que l'écrivain tirera son roman : Une famille corse, qui deviendra Les Frères corses . Cette longue nouvelle, met en scène les fères jumeaux Franchi : le « sauvage » Lucien est resté au pays, alors que Louis avocat parisien semble perdre de vue les valeurs de ses racines ancestrales. Tous deux sont unis par un étrange lien qui leur fait ressentir les mêmes angoisses et les associe par télépathie. Aussi, lorsque Louis est tué en duel, pour avoir soutenu l'honneur de la femme d'un ami, Lucien à Sollacaro ressentira la douleur de la mort de son frère et se rendra dans la capitale pour le venger. Les héros, et l'auteur qui se met lui même en scène dans cette tragédie, nous donnent à méditer sur les conditions des moeurs corses en cette première moitié du XIXe siècle et sur la nostalgie des valeurs sociales d'un passé qui se dissipent face à l'inexorable progression de la société moderne. Pas moins de 17 adaptations au cinéma, dont huit à l'époque du muet, ont couronné les Frères corses dont le berceau imaginaire a été Sollacaro.

Tiré de Joseph Cesari : Aspects de la vie économique et sociale d'une communauté du sud de la Corse : Calvesi – inédit-