Sartenais - Valinco | Sartène

Sartène - Sartè

Place de la libération
20100 SARTÈNE
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Fax : 04 95 73 40 55
tete de maure
Du lundi au vendredi :
8h à 12h - 14h à 17h

Mérimée, alors en visite sur l’île, tomba sous le charme de Sartène, qu’il surnomma «la plus corse des villes corses». Quelques chroniques font mention d’une ville disparue appelée Titianos, qui se serait située à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Sartène Son histoire commence véritablement au XIIIème siècle, lorsque Guglielmo della Cinarca décide de construire un château sur cet éperon rocheux dominant la vallée du Rizzanese. Point stratégique, le fief devient rapidement l’un des centres de pouvoir de la famille Della Rocca. Cependant, la ville telle que nous la voyons aujourd’hui fut construite par les génois, au XVIème siècle, qui lui donnèrent ses fortifications suite aux multiples raids barbaresques. Malgré cela, Sartène sera prise plusieurs fois au cours du XVIème siècle. Ainsi en 1585, le dey d’Alger Hassan Pacha réduit 400 sartenais en esclavage suite à un raid. Lors de la guerre d’indépendance, la ville restera fidèle à Gênes, tant et si bien que les troupes paolines l’assiégeront à trois reprises. Après leur victoire, ils feront de Sartène un lieu symbolique : la Cunsulta de 1763 amènera Pasquale Paoli au pouvoir. Le XVIIIème siècle, mais surtout le siècle suivant, verront l’avènement des grandes familles sartenaises sur la scène politique corse et française. Ainsi, pendant plusieurs décennies, une longue vendetta opposera les Rocca Serra, légitimistes, aux Pietri et aux Ortoli, orléanistes. Leur querelle finira en 1834 par un décret de paix imposé par le régime napoléonien.

La sous-préfecture que l’on peut voir aujourd’hui est une ville qui a su garder son caractère et proposer un tourisme de l’authentique dans un cadre exceptionnel. Ses ruelles bordées de maisons hautes sont chargées d’histoires, de traditions, qui ne se révèlent qu’aux visiteurs doués d’empathie, sachant prêter attention au détail.

De son passé génois, Sartène n’a gardé que quelques vestiges, comme la tour de l’Echauguette et l’hôtel de ville. Le bâtiment était l’ancienne demeure des gouverneurs, et recèle quelques toiles provenant de la collection du cardinal Fesch. Non loin de là, on peut visiter le musée de la préhistoire corse, présentant de nombreux objets trouvés lors de fouilles faites dans la région. Le passage de Bradi mène à la vieille ville, faite de petites ruelles, de passages voûtés et de hautes maisons. Le temps semble s’être arrêté dans ces lieux datant d’un autre temps… Place de la Libération, il est très agréable de prendre un verre en admirant le paysage, avant de partir à la découverte de l’église Santa Maria. Construite au XVIIIème siècle, elle est très richement décorée de marbre polychrome et fut le théâtre de nombreux événements, tels que la fin des vendettas qui ensanglantèrent la ville, et dont Mérimée s’inspira également pour écrire Colomba. C’est dans l’église que se trouvent la croix et la chaîne du Catenacciu. La procession, qui tire ses origines de l’époque médiévale, est un spectacle troublant. Elle se déroule comme dans la Jérusalem des premiers temps de l’ère chrétienne. On commence par faire bénir les rameaux d’olivier et de buis, puis le jeudi saint, une procession a lieu suivie d’une veillée. La nuit du vendredi saint, dans les rues de Sartène éclairées par des flambeaux, passe le grand pénitent, vêtu de rouge et coiffé d’une cagoule pour rester éternellement anonyme. Il faut savoir que, encore de nos jours, cette place est très recherchée.

On parle d’une liste d’attente d’une vingtaine d’années pour tenir le rôle du porte-croix. Le pénitent reste tout d’abord en prières pendant deux jours, isolé au couvent San Damianu, puis il est transféré à l’église Sainte Marie, où débute la cérémonie. Il reçoit la croix, et la chaîne, la catena qui lui donne son nom, est fixée à son pied. Il est soutenu par un pénitent blanc, qui joue le rôle de Simon de Cyrène. Derrière eux viennent les pénitents noirs, qui portent une statue du Christ mort, puis les confréries et les villageois. A la dernière station, le Christ est crucifié, puis son corps déposé dans l’église, où la messe a lieu. Antoine CIOSI a rendu hommage aux pénitents en musique, dans sa chanson Le porte-croix :

Les pieds rouges de sang, il avance à pas lents, le porte-croix.

Trébuchant sur les pierres, il marche à son calvaire, le porte-croix.

La tête sous la cagoule, pour que ceux de la foule ne sache pas qui est cet inconnu, qui devant deux pieds nus porte la croix.

Lui qui faisait violence, il fait sa pénitence, en silence.

Les yeux pleins de rougeur, brûlé par la sueur et la chaleur.

Laissez passer, laissez passer le porte-croix, laissez passer le pénitent et ses péchés.

Laissez passer celui qui porte la lourde croix, laissez passer car lui seul sera pardonné.

Les pieds rouges de sang, il avance à pas lents, le porte-croix.

Et soudain dans la foule, à travers sa cagoule, le porte-croix a reconnu sa mère, venue faire la prière, et ne sait pas que c'est son fils à elle qu'aujourd'hui on appelle le porte-croix.

Est-ce de l'intuition pour que vieille et sans raison, elle soit là.

On dirait qu'elle sent que c'est un peu son sang qu'elle aperçoit.

Laissez passer, laissez passer le porte-croix, laissez passer le pénitent et ses péchés.

Laissez passer celui qui porte la lourde croix, laissez passer car lui seul, sera pardonné, laissez passer, laisser passer le porte-croix.

 

Le lundi de Pâques, après une semaine très solennelle, la ville se met en liesse et fête la Merendella. A cette occasion, le prêtre bénit les maisons. Peu de temps après a lieu une fête également très importante à Sartène, la Saint Antoine. A cette occasion (le 13 juin), on cueille des fleurs dans les environs pour en faire des couronnes, puis on en décore la statue du saint, qui est portée en procession. Après la cérémonie, les villageois gardent les fleurs, et décorent leur maison avec. Elles sont censées protéger la famille et les troupeaux.

Au sud du village, on peut encore voir le couvent San Damianu, où va s’isoler le Catenacciu. La clé du cloître, chez les bergers, est sensée lever les maléfices lancés sur leurs animaux. Cette croyance vient sans doute du fait que, dans l’hagiographie traditionnelle, Saint Damien est présenté comme un très habile médecin.

Les environs de Sartène sont eux aussi riches en découvertes, et très chargés d’histoire. Le sud est occupé depuis la préhistoire, comme en attestent les mégalithes que l’on peut trouver un peu partout dans la région. Près du Rizzanese, on trouve ainsi deux menhirs, U Frate e A Suora (le frère et la sœur) qui seraient un moine et une religieuse pétrifiés après avoir fauté. Le site est magnifique. Sur le plateau de Cauria, à Fontanaccia au sud de la ville, on trouve un dolmen majestueux, que les villageois appelaient autrefois avec crainte la forge du Diable (A Stazzona di u Diavulu). Il est entouré de vingt-cinq menhirs, qui seraient les victimes du Malin. On sait aujourd’hui que le lieu avait une vocation astronomique, puisque le dolmen se situe juste en face des rayons du soleil lors du solstice d’hiver. La lumière dans le lieu est alors exceptionnelle.

On peut également aller voir le site de Palaggiu et ses 258 monolithes, que les anciens tenaient pour le palais de quelque civilisation disparue. On le surnomme aussi «le cimetière des Turcs». Le nom vient de l’époque des raids barbaresques, particulièrement importants dans cette partie de la Corse. Un sartenais devint même, comme Pietro Tavera, dey de Tunis sous le nom d’Ali Orsini. Dans les environs du site, une pierre gravée de symboles a elle aussi stimulé l’imagination des habitants, puisqu’on pensait que ces signes devaient leur origine à un mystérieux rituel magique.

Toujours dans le domaine du paranormal, les apprentis chasseurs de fantômes pourront trouver, près du Rizzanese entre Sartène et Propriano, une maison hantée. Surnommée A Lama Bughja (la vague sombre), elle fut construite en 1850 et abandonnée en 1892 après une inondation. Depuis, on évoque à mi-voix les sombres crimes qui s’y seraient produits, les murmures des morts et la dame blanche, que l’on peut voir près du fleuve. Non loin du Rizzanese, on parle enfin d’un serpent géant, qui serait apparu à un paysan il y a une dizaine d’années.